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Guide des "Chantiers Verts">>Thème>>Rex Lille

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MAITRISE et PRE-TRI
des DECHETS de chantier

RESIDENCE LAMARTINE A LILLE – NORD

Ce "chantier vert" a visé la gestion des déchets, avec une réduction de leur production à la source, l’organisation du tri et la modification des comportements des opérateurs, thèmes abordés sous des angles technique, économique et humain.

Les rues d’accès à l’opération étaient étroites mais peu encombrées.

Les matériaux de construction ont été choisis en fonction des traditions lilloises et de l’aspect des immeubles environnants : enduit, brique, tuile.

La structure est en béton armé.

Immeuble dans un quartier destiné à être redynamisé.

• 40 logements, R+3 avec combles.

• 36 parkings en sous-sol.

• Terrain de plus de 4 000 m2.

• SHOB 4 387 m2.

• SHON 3 246 m2.

• SHA 2 702 m2.

LA DEMARCHE

Une réflexion a d’abord été menée sur l’ensemble des matériaux utilisés sur le chantier. Elle a concerné leur quantité et les déchets qu’ils génèrent. Elle a fait le point des connaissances préalables de l’entreprise en la matière et l’expérimentation a permis de valider ces estimations et d’en vérifier l’enjeu économique.

Une fiche descriptive par déchet a été établie, afin de préciser chaque fois :
– les quantités,
– les filières possibles de valorisation,
– les éventuels traitements préalables,
– les possibilités de stockage,
– les avantages de la gestion de ce déchet, en distinguant les coûts de transport et en tenant compte des spécificités locales de traitement.

L’implication des responsables du chantier a été nécessaire. L’entreprise générale, qui réalise le gros œuvre, a ainsi responsabilisé le directeur des études, le directeur des travaux et le conducteur de travaux. Le premier est intervenu en amont, les deux autres ont effectué un suivi réel, le conducteur étant tous les jours sur le chantier en gros œuvre et s’y rendant plusieurs fois par semaine en second œuvre. Les entreprises sous-traitantes ont été engagées par contrat à l’obligation de pré-tri des déchets sur ce chantier. Des réunions d’information ont été organisées lors du démarrage des interventions.

Les intervenants du gros œuvre n’ont pas eu de réaction hostile lors de la réunion de présentation de cette démarche, considérée comme une nouvelle façon de travailler. Les entreprises du second œuvre ont montré davantage d’enthousiasme une fois informées. Il a toutefois été constaté ponctuellement des mélanges de matériaux d’une benne à l’autre en second œuvre, dus à de la négligence, le conducteur de travaux n’étant plus présent en permanence sur le chantier. Cette négligence s’explique également par l’organisation de certains intervenants du second œuvre, comme les tâcherons du lot cloisons-doublages.

L’équipe de l’entreprise générale qui a travaillé sur ce chantier a acquis une expérience et elle est désormais sensibilisée à la problématique des déchets et au tri sur chantier. Cette formation sera capitalisée, transmise et améliorée, puisque l’entreprise compte intégrer ces nouvelles façons de travailler dans son cahier des charges "Qualité". Elles font désormais partie de son savoir-faire en phase gros œuvre.

LE PRE-TRI DES DECHETS

• Organisation et logistique

Quatre bennes ont été installées sur le chantier, jusqu’à la fin des travaux de couverture pour les déchets "inertes" et en permanence pour les bois traités et non traités, les aciers et les DIB non valorisés. Chaque emplacement de benne a été matérialisé par une séparation en treillis soudé de 1 mètre de hauteur et le type de déchet collecté était représenté sur un portique encadrant la benne. Cette signalisation a été bien comprise par les opérateurs. Les bennes ont été louées et évacuées par un prestataire de services (Derichebourg). Les cartons ont été pliés et stockés à l’abri des intempéries dans un local au rez-de-chaussée du bâtiment et évacués en fin de chantier dans la dernière benne de bois. L’entreprise d’électricité intervenant pendant la phase gros œuvre a séparé les chutes de fourreaux, emportées avec les DIB, des chutes de filerie qu’elle a récupérées. Les DIS, essentiellement des bidons de peintures et de colle pour les revêtements de sols, ont été évacués par leurs producteurs.

Les DIB non valorisés ont représenté 2/3 du volume de déchets générés. L’entreprise, qui a effectué le cloisonnage, a été une utilisatrice majeure de la benne de DIB puisque sur 19 évacuées, dont 17 en second œuvre, elle en a mobilisé environ 8. Ceci met en évidence l’intérêt qu’il y aurait à calculer la participation des corps d’état à la gestion des déchets en fonction du coût réel affectable à chacun, en cas de compte interentreprises.

Pendant le gros œuvre, une benne disposée sur la dalle a servi de contenant intermédiaire pour l’acheminement des déchets vers les bennes. Elle était vidée par le grutier dans la benne idoine ou réceptionnée dans la zone réservée aux déchets par un manœuvre, qui affinait le tri du contenu de la benne et contrôlait de temps en temps le contenu des bennes. Le temps qu’il a passé au tri n’a pas été comptabilisé, mais il devrait être réduit puisque le tri était fait en grande partie sur la dalle.

Caractéristiques des bennes
Bennes
Tonnage
Transport en F HT/benne
Elimination en F HT/t
Coût total en F HT
Type d'élimination
"Inertes"

GO* 6x7 m3

SO** 3x7 m3

50,8
600
50
7 940
Stockage classe III
Bois

Carton
GO 1x15m3
SO 2,7x15 m3
SO 0,3x15m3
80,5 750

750
1200
3 735

225
Broyage pour panneaux de particules
Papeteries
Aciers

GO 1x7 m3

SO 2x7 m3

3,25
750
-185***
1650
Recyclage
DIB

GO 2x15 m3

SO 17x15 m3

41,34
750
272
taxe Ademe comprise
25 500
Stockage classe II
Total GO
94 m3
* GO : Gros oeuvre ; ** SO : second oeuvre ; *** les aciers ont été vendus
Total SO
335 m3

 

 

• Motiver les sous-traitants

Pendant le second œuvre, le tri en lui même a été accepté car simple, mais l’obligation de nettoyer et d’évacuer chaque jour manuellement (la grue étant démontée) les déchets dans les bennes, surtout depuis les étages, a été considérée comme une perte de temps. La pénibilité de cette tâche, accrue par l’éloignement des bennes en raison des particularités constructives du bâtiment, a été relevée par les compagnons du second œuvre. Leurs habitudes étaient d’emporter leurs propres déchets en fin de tâche. Pour le couvreur s’est posé en outre le problème du stockage des déchets sur le toit avant de les descendre, du fait de l’absence de chéneaux.

La gestion des déchets en second œuvre s’est ainsi avérée plus délicate et l’entreprise générale devra améliorer ses procédures sur ce point. Une consultation préalable des sous-traitants sur ce sujet aurait permis l’examen des solutions qu’ils auraient pu proposer eux-mêmes. Ces difficultés mettent en évidence la nécessité d’une connaissance très précise du mode de fonctionnement et des moyens des corps d’état secondaires pour organiser un tri correct des déchets. Pour ce faire, ce tri ne doit pas être imposé par l’entreprise générale (qui ne réalise souvent que le gros œuvre) mais faire l’objet d’une concertation avec les entreprises de second œuvre dès la préparation de chantier. Des sanctions en cas de non suivi des directives par les entreprises sous-traitantes sont à envisager.

Il ressort de cette expérimentation que le tri des déchets est plus une question de coût de traitement après évacuation qu’une question de temps de tri sur chantier. Il n’a pas été considéré que le fait de jeter un déchet dans une benne ou une autre était une perte de temps.

• Bilan

Bien qu’ils soient destinés à des filières de valorisation, le coût de transport et d’élimination par benne de 15 m3 du bois et des cartons a été de 1 000 F HT, alors que l’entreprise générale paye habituellement 650 F HT l’enlèvement des ben-nes de 6 m3 non triées allant en classe II. L’économie est de 42 F HT/m3. Les aciers ont été vendus 185 F HT/t mais les coûts de location et d’enlèvement des bennes ont été facturés. Le coût de stockage en classe III des inertes triés est de 50 F HT/t au lieu de 272 F HT/t pour le stockage de classe II s’ils étaient mélangés aux DIB. L’économie sur l’élimination, pour 50,8 t, est d’environ 11 300 F HT. En ce qui concerne les DIB, le prix d’environ 1 350 F HT/benne de 15 m3 rend nécessaire une optimisation du remplissage des bennes. Cependant, les coûts de rotation des bennes ont été très élevés et l’entreprise générale, compte tenu de l’expérience acquise, devrait maintenant être à même de mieux négocier les coûts de gestion des déchets sur ses prochains chantiers.

Le coût total de gestion des déchets (hors temps de tri) a été de 39 050 F HT. En l’absence de tri, la gestion des déchets aurait coûté 46 475 F HT, soit 650 F HT/benne de 6 m3 stockée en classe II. L’économie générée par le tri est d’environ 16 %. Aussi, le bilan économique est dans le cas présent positif, malgré des améliorations à apporter.

Cette action est reproductible si un espace suffisant est disponible sur le chantier pour accueillir plusieurs bennes et dans la mesure où des filières de valorisation économiquement viables existent. La situation sur ce chantier était du point de vue de l’espace particulièrement favorable mais les filières sont encore peu nombreuses dans la région : ainsi, un dépôt pour le plâtre, situé dans l’Oise, était beaucoup trop éloigné pour pouvoir être utilisé et rien n’a été trouvé pour les plastiques.

LA REDUCTION DE LA PRODUCTION DE DECHETS

• Mannequins de baies

Les mannequins de baies nécessaires aux réservations des ouvertures dans les voiles de façade étaient en métal au lieu d’être en bois ; ils ont été réemployés à chaque rotation des banches jusqu’au dernier niveau. Préfabriqués sur mesure, ils ont été découpés et déposés dans la benne à ferrailles en fin d’utilisation pour être valorisés.

Ils ont procuré une meilleure qualité de finition et des ébrasements nets. Il est difficile de comparer les temps de mise en œuvre des mannequins en acier, d’une part et en bois, d’autre part. Le prix d’un mannequin en acier, en revanche, est deux fois plus cher. Il en a été utilisé une quin-zaine sur ce chantier et compte tenu de leur durabilité, on estime qu’il aurait fallu environ trois fois plus de mannequins en bois. En effet, leur réutilisation se limite à une dizaine de fois au maximum car ils absorbent moins bien les chocs dus aux contacts avec les banches, les vibreurs et le béton.

Les dimensions des ouvertures variant d’un bâtiment à l’autre, ces mannequins ne peuvent le plus souvent être employés sur un autre chantier. Leur emploi est donc plus particulièrement intéressant dans le cas de grands chantiers, où ils pourront être utilisés de nombreuses fois. La rationalisation des ouvertures permettrait leur utilisation d’un chantier sur l’autre.

• Préfabrication des pointes de pignon

Pour la réalisation des murs mitoyens, les pointes de pignon ont été préfabriquées sur le chantier au fur et à mesure de l’avancement, au lieu d’être réalisées en maçonnerie de parpaings, technique génératrice de nombreuses coupes.
La quantité de déchets produits par l’élaboration de ces ouvrages a ainsi été très limitée.
La mise en œuvre de cette action implique que suffisamment d’espace soit disponible sur le chantier.

DEROULEMENT

• Début des travaux : mai 1995
• Réception des travaux : mai 1996

INTERVENANTS DE LA REX

Partenaires de l’équipe :

• Maître d’ouvrage : OPAC DU NORD M. STACKOWIAK - Tél. : 03 20 78 57 04
• Entreprise générale : SUPAE M. LAVOGIEZ - Tél. : 03 20 43 94 70
• Maître d’œuvre : M. BOSSAN, Architecte

Autres partenaires:

• CEBTP
• CSTB
• CRAM du Nord-Picardie
• Derichebourg-Nord Environnement Service

Partenaires financiers :

• Plan Construction et Architecture
• Conseil Régional du Nord-Pas-de-Calais
• DDE du Nord

Suivi local : CETE du Nord-Picardie M.DEMONT - Tél. : 03 20 49 62 67

Suivi national : CSTB Mme CHARLOT-VALDIEU - Tél. : 01 40 50 28 60

 

source PUCA "Les Chantiers Verts"

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